SAMARCANDE, LE JOYAU DES ANCIENNES ROUTES DE LA SOIE

En 2013, le président chinois, Xi Jinping, lançait le projet titanesque des nouvelles routes de la soie, officiellement appelé Belt and Road Initiative (BRI). Dix ans plus tard, Le Devoir s’est rendu au Kazakhstan et en Ouzbékistan, deux pays au coeur de ces nouvelles voies commerciales. Dernier de huit carnets de route.

Après avoir sillonné les nouvelles routes de la soie pendant deux semaines, nous avons choisi comme dernière étape Samarcande, ville joyau des anciennes routes de la soie. Après être rentrés de Namangan à Tachkent par la route, nous sautons dans un train qui nous mène, quelque 300 kilomètres au sud-ouest, à Samarcande, ville ouzbèke proclamée « carrefour des cultures » par l’UNESCO qui l’a, de surcroît, inscrite sur la liste convoitée du patrimoine mondial.

Cumulant quelque 3000 ans d’histoire, Samarcande, fondée par les Sogdiens, a été conquise, entre autres, par Alexandre le Grand, qui s’est installé dans sa citadelle, Gengis Khan, qui l’a rasée pour la faire sienne, et Tamerlan, qui l’a embellie à nouveau, lui rendant ainsi sa gloire.

Dès notre arrivée, même si la nuit est déjà tombée, on met le cap sur le Régistan, place au coeur de la vieille ville entourée de trois immenses madrasas, chacune un chef-d’oeuvre de l’art musulman qui, rassemblées en un même lieu, offrent une majesté incomparable. À travers la noirceur de la nuit, les éclairages dévoilent les motifs floraux, stellaires et animaliers qui garnissent les façades des trois écoles coraniques — Ulugh Beg, Cher-Dor et Tilla-Qari — construites à des époques différentes, mais présentant un ensemble architectural uni et certainement éblouissant.

 

À l’intérieur des édifices religieux, des cours intérieures, tout aussi flamboyantes, avec leurs céramiques décorant chaque interstice, nous plongent dans le passé radieux de cette ville, qui a été pendant des siècles au coeur des échanges commerciaux entre l’Est et l’Ouest. Un lieu de rencontre fertile, où les cultures, les croyances et les connaissances s’entremêlaient avant que les marchands, chargés de soie ou d’autres biens, reprennent leur route.

Une ville-musée

Aujourd’hui, la ville est remplie de visiteurs venus de Chine, de Russie, d’Asie centrale et d’Europe, signe de la récente ouverture du pays au tourisme. « Notre président [Xi Jinping] nous a dit que l’Ouzbékistan est notre ami. On vient donc découvrir le pays », nous explique Tracy Lee, originaire de Pékin.

 

Valerie, une Russe de 29 ans, se promène dans la « perle de l’Ouzbékistan » au bras de son amoureux. « Mon mari a un ami qui est né ici. Il nous a dit de venir à Samarcande et qu’on n’oublierait jamais ce qu’on y verrait », glisse-t-elle.

Une frénésie qui étourdit Akbarjon, qui vend des souvenirs sous les voûtes du mausolée Gour Emir. « Je travaille tous les jours, je ne peux faire aucune pause tellement il y a de touristes. »

Nos yeux n’ont aucun repos non plus, sans cesse charmés par cette ville-musée. D’abord par la nécropole Chah-e-Zindeh, d’une étourdissante beauté, par le mausolée Gour Emir, où repose le conquérant turco-mongol Tamerlan sous un dôme de 26 mètres recouvert de feuilles d’or, par la mosquée Bibi-Khanoum qui fut pendant un temps la plus grande au monde, et finalement par l’observatoire Ulugh Beg, centre de recherche astronomique qui n’avait pas son pareil dans le monde au XVe siècle.

 

Et on repense alors à ce souhait formulé par François-Bernard Huyghe dans La route de la soie ou les empires du mirage : les routes de la soie sont une « preuve de l’interfécondité des cultures », écrit-il, « le symbole d’un dialogue du passé dont pourrait s’inspirer le monde moderne ». Un dialogue peut-être perdu au fil des siècles sur des chemins tracés par la méfiance plutôt que par la curiosité.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

 

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